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Ce qui fait une bonne question de culture générale
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Tout le monde a déjà subi une question de quiz qui tombe à plat : trop vague, impossible à trancher, ou dont la réponse était écrite dans l’énoncé. Écrire une question qui tient debout est plus difficile qu’il n’y paraît. Voici les règles qui séparent une question solide d’une question bancale, tirées de l’écriture d’un catalogue entier.
Règle 1 : l’ensemble des réponses doit être fermé
Une question ne vaut que si l’on peut dire, sans discussion, quelles réponses sont justes et lesquelles ne le sont pas.
« Cite un pays d’Afrique » est une bonne question : la liste existe, elle est publique, et personne ne va contester qu’un pays donné en fait partie ou non. « Cite un bon film des années 90 » n’en est pas une : il n’existe aucune liste, donc aucun arbitrage possible.
La règle paraît évidente et elle est pourtant celle qu’on enfreint le plus souvent, parce que les questions d’opinion sont les plus faciles à inventer. Elles se repèrent à un signe simple : si deux personnes de bonne foi peuvent défendre des réponses opposées, la question est à jeter.
Règle 2 : aucun ensemble défini par un classement qui bouge
Une question dont la réponse change avec l’actualité se périme sans prévenir, et souvent sans que personne s’en aperçoive.
« Cite l’un des dix films les plus rentables de tous les temps » est piégeux : ce classement bouge à chaque grosse sortie. Un an plus tard, le quiz refuse une réponse devenue juste et accepte une réponse devenue fausse.
Les ensembles stables sont les seuls sur lesquels bâtir : les huit planètes, les sept couleurs de l’arc-en-ciel, les pays frontaliers d’un autre pays, les vainqueurs d’une compétition sur une période close. Le mot important est « close » : une période qui se termine à une date passée ne bougera plus.
Règle 3 : l’indice ne doit pas contenir la réponse
C’est le défaut le plus fréquent, et le plus difficile à voir quand on est celui qui a écrit la question.
Un indice se rédige pour orienter, pas pour livrer. « De Lénine à Gorbatchev » comme indice d’une question sur les dirigeants soviétiques donne deux réponses valides d’un coup. L’auteur voulait cadrer une période ; il a offert deux points.
Le piège vient de ce qu’un exemple est la manière la plus naturelle de préciser une consigne. La parade est mécanique : après avoir écrit l’indice, relis-le en cherchant s’il contient un seul mot qui figure dans la liste des réponses acceptées. Si oui, réécris.
Règle 4 : une réponse évidente, et beaucoup d’autres
Une bonne question laisse entrer tout le monde et récompense quand même celui qui en sait plus.
C’est ce qui rend « cite un sport olympique » plus intéressante que « quel sport a été introduit aux Jeux en 2020 ». La première a une trentaine de réponses justes, dont trois que tout le monde donne. La seconde n’en a qu’une poignée, et il faut la savoir.
- S’il n’existe qu’une seule réponse juste, la question est un test de mémoire : on sait ou on ne sait pas.
- S’il en existe trente, la question devient un jeu : chacun trouve quelque chose, et l’écart se fait sur ce qu’on trouve.
- La réponse évidente doit exister. Une question sans porte d’entrée décourage au lieu d’intriguer.
Règle 5 : traduire une question, ce n’est pas traduire les mots
Dès qu’un quiz existe en deux langues, la difficulté n’est plus l’énoncé mais l’ensemble des réponses.
Un titre de film porte souvent deux noms officiels sans rapport l’un avec l’autre. Un pays s’écrit différemment. Un sport change de nom d’un pays à l’autre. Si le catalogue ne porte pas les deux formes, la moitié des joueurs voit sa bonne réponse refusée sans comprendre pourquoi.
La bonne pratique est de traiter chaque réponse comme un objet qui porte toutes ses formes, plutôt que comme un mot à traduire. Un ensemble doit désigner exactement les mêmes éléments dans les deux langues, sinon ce sont deux questions différentes qui portent le même titre.
Ces règles, à l’usage
Sur KRILLION, chaque partie sert 7 questions avec 25 secondes pour répondre, et le score dépend de la rareté de la réponse donnée.
Ce format rend les cinq règles ci-dessus obligatoires plutôt que souhaitables. Un ensemble flou devient invérifiable dès qu’il faut noter automatiquement. Un indice bavard offre des points. Et une question qui n’accepte qu’une poignée de réponses ne produit aucun écart entre deux joueurs, donc aucun jeu.